récondo

Mathilda est une femme, Laurent est un homme. Pourtant ils ne font qu’un, tous les samedis soirs au Zanzi Bar. Jusqu’au jour où la femme de Laurent découvre un cheveu blond à la maison et le suit : elle découvre alors ce qu’elle aurait préféré ignorer, que son mari veut devenir une femme à part entière … 

En effet, depuis qu’il est tout petit, Laurent se sent mal dans sa peau d’homme : il aime les femmes, mais ça va bien au-delà, il veut s’habiller comme elles, se sentir dans leur peau. Une fois la vérité dévoilée par sa femme, contre son gré, il se sent mieux et prêt à attaquer sa métamorphose. Il l’annonce ensuite à ses enfants … puis à ses collègues. Il découvre que l’amour ne suffit pas pour accepter certaines vérités, si dérangeantes. Chaque étape sociale à franchir est une nouvelle épreuve pour lui, alors qu’il se sent paradoxalement si sûr de ce qu’il veut. 

Léonor de Récondo a – encore une fois – parfaitement réussi à rendre compte de cette expérience exceptionnelle qu’est le changement de sexe, qui porte tant de non-dits dans notre société. Comment vivre avec un tel mal-être ? Comment vivre dans un corps qu’on ne reconnaît pas comment le sien dans un miroir ? Comment prendre une décision qui engage tant de choses ? Comment le faire accepter à son entourage ? « Doit-on être ce que voient les autres, être tel qu’on nous a aimé ? »  Et puis ensuite comment vivre avec son nouveau corps ? Autant de questions que se pose Laurent et qui aboutit à une conclusion, la prise d’hormones et l’acceptation forcée de son entourage … Une décision forcément égoïste mais tellement difficile à prendre qu’on ne peut qu’admirer son courage et sa force : « Un jour, il faudra que je me ressemble. »

La question de l’identité est donc prégnante : qui est Laurent ? Qui est-il pour lui même et pour les autres ?

« Tout nous pousse à nous déterminer. À le faire haut et fort. Décliner son identité. Je suis indéterminée, mon corps est un compromis. Je ne suis plus celui de ma carte d’identité, et Lauren n’existe pas officiellement. Si je ne me définis pas, suis-je vraiment ? »

C’est au final un roman extrêmement déstabilisant car on a beau essayé de se mettre à la place de Laurent, c’est impossible. C’est une expérience tellement personnelle et particulière qu’on se retrouve démuni, malgré tous nos efforts. Se mettre à la place de Solange, sa femme, est aussi compliqué car il n’est pas simple de savoir comment réagir à cette nouvelle, même si au final elle parvient à le surmonter d’une manière étonnante, qui force l’admiration.

 

Les personnages de Récondo sont beaux, grands, et pourtant terriblement humains. C’est ce qui fait la force du roman, ainsi que les questions qu’il soulève, et c’est ce qui en fait un texte essentiel.