héros

« Avant, je pensais que les enfants du monde entier étaient comme moi. Des mini-humains qui deux fois par jour et cinq jours par semaine passent la frontière d’un pays à l’autre, le cartable sur le dos et le sourire en bandoulière. Avant, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l’école et celui de la maison. J’étais heureux dans mes deux pays bien distincts avec des gens différents, des styles différents, une cuisine et une langue particulières. »

Entre Mo et Maurice, ça ne va pas fort … Mo vit dans une tour de béton, avec une famille nombreuse et bruyante. Maurice est un bon élève, qui parle français correctement et se tient bien. Chaque jour, Mo franchit la « frontière » de son quartier et se « transforme » en Maurice. Jusque là, tout va bien. Mais un jour, un de ses camarades d’école vient travailler pour un exposé, chez lui, et à travers ses yeux, il se rend compte que la famille de Mo n’est pas une famille normale … A son tour invité chez son camarade, ce dernier lui montre des photos de famille, pleines de gens qui ont fait des choses incroyables. A partir de là, le monde de Mo s’écroule : ses yeux se dessillent et le fragile équilibre qu’il maintenait entre ses deux mondes éclate. 

Ce roman est un magnifique hommage au passage de l’enfance à l’adolescence : dans le monde enfantin de Mo, il est normal que ses frères dealent et ne travaillent pas; il est normal que son père fasse du travail au noir; il est normal que la télévision soit allumée 24h/24 et que l’appartement soit plein de monde tout le temps et que les insultes fusent sans cesse. Et puis il faut un regard extérieur, celui d’Hippolyte le petit bourgeois, pour qu’il prenne conscience que tout ça n’est pas compatible avec son personnage de Maurice, qui veut se sortir de tout ça par l’école.

Ce roman a été mis en image en quelque sorte, dans La vie est un long fleuve tranquille qui oppose deux modes de vie, sans les juger. Mais Jo Witek va plus loin car Mo ne peut pas renier sa famille, il doit l’accepter telle qu’elle est, même si elle ne comporte pas de héros. Et pourtant … je ne vous en dévoile pas plus ! Mais sachez que j’ai eu le sourire aux lèvres tout du long de la seconde partie du roman qui va révéler une famille finalement extraordinaire.

Malgré quelques clichés, c’est un texte rafraîchissant et intelligent, qui fait réfléchir : qu’est-ce qui est important dans la vie ? peut-on avoir honte de sa famille ? comment l’aimer malgré tout ? comment vivre tiraillé entre deux mondes ? Avec humour, Jo Witek répond en partie à ces questions, en dressant un portrait très réaliste de ce petit Maurice terriblement attachant. Une belle réussite.