follett

Quel plaisir de découvrir un nouveau Ken Follett ! 27 ans après la publication des Piliers de la Terre, et 10 ans après Un Monde sans fin, le maître anglais du roman historique nous fait replonger dans la grande Histoire ! Tout comme le deuxième volet prenait place deux siècles après les Piliers et pouvait se lire indépendamment, ce troisième volet se déroule deux siècles après Un Monde sans fin, et peut également se lire seul, puisqu’il n’y a que quelques références sans importance aux tomes précédents. Pour autant, on est directement plongé dans la même Histoire : au XVIe siècle cette fois-ci, tout démarre également à Kingsbridge, et s’y termine.

Ken Follett nous plonge ici dans le tumulte des guerres de religion, où catholiques et protestants se déchirent sur l’échiquier politique européen déjà compliqué par les querelles de succession. Après les règnes protestants d’Henry VIII et d’Edouard VI, la reine catholique Marie Ière, dite Marie Tudor, tente de rétablir le catholicisme en Angleterre. Mais à sa mort en 1558, sa demi-sœur protestante Elizabeth Ière monte sur le trône. C’est là que commence notre roman : l’Angleterre sort d’un siècle où catholiques et protestants furent tour à tour chassés, torturés, interdits d’exercer leur religion.

« Quand un homme est convaincu de connaître la volonté de Dieu, et qu’il est résolu à l’accomplir à tout prix, il devient l’être le plus dangereux au monde.

Venu de Kingsbridge, ayant connu de nombreux revers de fortune, le jeune Ned Willard se met au service de la jeune reine : leurs efforts conjugués auront pour objectif de conserver un climat de tolérance dans le royaume. A Paris, la jeune Sylvie vend des bibles en français sous le manteau, après la mort de son père exécuté pour commerce illicite visant à favoriser le protestantisme : 15 ans avant la Saint-Barthélémy, la tension est également à son comble en France où le catholicisme est la règle, et le protestantisme hors-la-loi. Les Guise et autres grandes familles se déchirent pour influencer sur le faible roi Henri III, jusqu’à son assassinat, et la montée sur le trône du protestant Henri IV.

Avec brio, le romancier nous plonge dans ces querelles religieuses compliquées, qu’il arrive pourtant à nous rendre passionnantes : les 900 pages de ce pavé se dévorent et l’on suit avec plaisir les combines politiques de Ned, la courageuse Sylvie et les atrocités du fou Pierre Aumande. Comme d’habitude, Ken Follett excelle à placer ses personnages fictifs à des postes clés, qui nous permettent d’embrasser les différentes parties du conflit dans son ensemble. 

Prônant la tolérance (« La simple idée que des êtres humains puissent être autorisés à pratiquer la religion de leur choix provoqua plus de souffrances que les dix plaies d’Égypte ») et le compromis, le roman nous questionne sur ce qui peut être fait au nom de Dieu. Même si à l’échelle des royaumes, il semble parfois davantage être question de pouvoir que de religion …

En bref, un roman fascinant, qui peut sembler long parfois mais qu’on ne peut qu’apprécier par sa volonté de dessiner la fresque complète d’une Europe en guerre, et parfaitement réussi.