atwood

Stan et Charmaine subissent la crise économique américaine de plein fouet : obligés de vivre dans leur voiture en désespérant de trouver un emploi, ils en sont réduits à la dernière extrémité. Jusqu’à ce qu’on leur propose un rêve : à Consilience, on a créé une société idéale qui garantit un emploi et un toit à chacun. Un mois sur deux, chaque citoyen travaille pour aider la communauté, l’autre mois il le passe en prison.

« Consilience = condamnés + résilience. Un séjour en prison aujourd’hui, c’est notre avenir garanti. »

Tout le monde paraît très heureux : quand on a deux vies, il y a toujours la perspective d’autre chose. C’est comme être en vacances tous les mois. Mais quelle est la vie où on est en vacances et celle où on est actif ? 

Pendant leur absence, un couple alterne de la même manière en habitant chez eux. Un jour, Stan tombe sur un curieux billet qui semble venir d’une de leurs « alternants ». Mais n’est-ce pas un piège ?

Avec constance, Margaret Atwood nous propulse, de roman en roman, dans des sociétés futuristes, utopiques à l’allure glauque … Si au départ le monde semble idéal, on en voit vite les défauts. Et l’auteur s’en donne à cœur joie pour introduire elle-même les vers dans sa société parfaite.

Pour autant, il m’a fallu tout de même la moitié du roman pour réellement y rentrer. Les obsessions sexuelles des deux protagonistes me laissaient froid, et j’avais plutôt envie d’en savoir plus sur l’organisation de cette mystérieuse ville. Curiosité que satisfait l’auteur dans la deuxième partie … si le lecteur n’a pas décroché d’ici là ! Une fois habitué au grotesque de certaines situations et l’humour grinçant sous-jacent dans l’oeuvre, on finit par y prendre plaisir, tout en frissonnant …

Car ce roman dérangeant montre la manipulation de la peur et de la pauvreté par un capitalisme galopant qui parle en termes de rentabilité alors qu’il s’agit de sentiments et d’êtres humains. Il pose ainsi plus globalement la question de la liberté, et jusqu’où l’homme est prêt à la sacrifier pour la sécurité : une thématique bien sûr fortement d’actualité, y compris en France entre terrorisme, Etat d’urgence et pertes de repères. C’est d’ailleurs ce qui rend les romans de Margaret Atwood si puissants : bien loin de se limiter aux travers de la seule société nord-américaine, elle a le génie d’en faire des textes universels.

Un texte intéressant, mais à mon avis, pas son meilleur …