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Misty Copeland fut la première danseuse afro-américaine à accéder au titre de  soliste puis première danseuse de ballet classique, en 2015, près de 30 ans après Anne Benna Sims et Nora Kimball. Elle est érigée en modèle de réussite pour les Afro-américains.

« Je veux leur ouvrir la voie car j’espère que ça facilitera leur parcours. Je prie même pour qu’ils me surpassent car ça signifierait que leurs fardeaux ont été allégés, qu’ils peuvent entrer dans la lumière des projecteurs », revendique la danseuse qui a dû faire face aux préjugés. En les balayant d’un joli coup de pied, elle a ainsi ouvert avec grâce la porte de la danse classique à la diversité. Et ce n’était pas gagné d’avance. »

En 2016, elle décide décrire sa biographie pour expliquer comment elle en est arrivée là. 

Un prologue nous plonge de suite dans l’atmosphère : on est en 2012, Misty va faire ses premiers pas en tant que soliste dans L’Oiseau de feu. Trois ans plus tard, elle sera nommée première danseuse à l’American Ballet Theatre, l’un des plus prestigieux corps de ballet. Qui se serait douté de cette carrière fulgurante alors que quelques années auparavant, Misty n’avait jamais fait de danse ?

Issue d’une famille pauvre, trimbalée par sa mère qui va de mari en mari, Misty est pourtant repérée un jour par sa souplesse et sa grâce. Elle qui ne s’imaginait pas danser devient une des ballerines les plus en vue, que les ballets s’arrachent. Petit à petit, et malgré une situation familiale difficile, elle va s’élever : la danse lui permet de tout oublier, de se dépasser.

« Nous entraînons nos corps à trouver l’équilibre quand nous sommes désaxés. »

A partir du jour où elle pose un bras sur la barre, l’année de ses treize ans, tout s’enchaîne : les premiers studios, les premiers stages, les premières propositions de bourses, ses années d’entraînement, son entrée à l’ABT, les échelons grimpés un à un malgré les blessures et les bouleversements de la puberté. Jusqu’à la récompense suprême.

L’histoire de Misty, racontée par sa propre plume, se lit comme un roman ! J’ai suivi avec attention ses premiers pas, ses démêlés avec sa mère, les personnes qui ont compté dans sa vie. Son texte est simple, bien écrit, plein de reconnaissance et de bonté. On y découvre quelqu’un qui a conscience de la chance qu’elle a eu, mais aussi et surtout quelqu’un qui a travaillé dur, dansant des heures tous les jours pour apprivoiser son corps. On y découvre aussi une jeune fille qui doute, se trompe, mais aussi des anecdotes surprenantes comme son partenariat avec Prince, pour qui elle a dansé !

J’ai aimé en apprendre plus sur la danse, domaine dans lequel je suis totalement ignorante, même si j’y ai retrouvé de nombreuses similitudes avec le roman de Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais, retraçant le parcours de Nadia Comaneci (un des modèles de Misty par ailleurs !) : la pression des entraîneurs, la solidarité entre sportifs, le travail acharné, le corps qui lâche encore et encore mais qui n’empêche pas de remonter sur la piste. Mais aussi la beauté d’un geste parfait, la souplesse d’un corps parfaitement maîtrisé. Autant de purs plaisirs pour la danseuse (ou la gymnaste) que pour nous, spectateurs.

« Le corps d’une danseuse est l’instrument avec lequel elle crée sa musique, le métier avec lequel elle tisse sa magie. Nous menons nos corps en des régions où ils ne vont jamais naturellement. Nous les faisons voler, danser sur la pointe des pieds, tournoyer tel un derviche. Nous nous soumettons à une tension incroyable. Et parfois nous trébuchons. Ou nous nous brisons. »

Un bref, en très beau texte, dévoilé avec pudeur et discrétion, qui rend un hommage parfait à la danse, et aux danseuses, noires ou blanches, qui croient en leur réussite.