univers

« De toutes choses, tentons d’avoir une connaissance « à peu près ». Car c’est laisser à notre vieux monde l’occasion de nous surprendre encore. Il est urgent de former les générations futures à l’approximation. De vagues cours magistraux seront donnés par des professeurs traversés de doutes lumineux, merveilleusement hésitants. Les étudiants auront tous le diplôme (à peu près), et la mention « connaissances approximatives » sera la plus recherchée. Le XXe siècle a vu les effets du rationalisme poussé à l’extrême : taylorisme, économie libérale, rigueur financière. Le XXIe sera approximatif ou ne sera pas. En gros. » 

Attention, si vous avez besoin de rire un bon coup un jour, ne passez pas à côté de ce bouquin ! Avec ses 100 chroniques décalées, sur des sujets graves comme le gaz de chips heu de schiste ou les tongs, Didier Tronchet (journaliste, humoriste, dessinateur et voyageur) nous fait voyager au gré de ses remarques, prises de conscience, toutes plus drôles les unes que les autres, jamais grossières et souvent subtiles. Un regard acéré sur les travers du siècle, une pincée de cynisme et beaucoup d’ironie pour redonner à l’Univers tout son sens, celui de l’humour.

Quelques extraits :

« Inertie. Soudain on est pris d’une sorte de langueur [..] on voudrait bouger, remue, faire quelque chose. […] Tout semble vain. […] C’est un phénomène répertorié bien connu des observateurs de l’espèce humaine : nous l’appellerons « le dimanche après-midi ». On le connaît bien, on croit chaque fois qu’on pourra y échapper, mais non, quand il s’est emparé de nous, c’est déjà trop tard. Pourquoi ? Parce que le dimanche après-midi s’est ligué de longue date avec le lundi matin, à qui il nous livre pieds et poings liés. »

« Commémoration. Tous les magasins sont fermés le 11 novembre, jour férié, pour commémorer la guerre de 1914-18. Toutes les boutiques, y compris les boucheries, ce qui est idiot, car une boucherie est quand même ce qu’il y a de mieux pour évoquer le souvenir de la Grande Guerre. »

« Prédateur. La voiture a tué plus de 40 millions d’êtres humains depuis sa création. A ce titre on peut considérer que l’automobile est le premier prédateur de l’homme. Il est déjà sidérant d’imaginer que l’être humain ait engendré lui-même l’instrument de sa propre extermination, comme jamais aucune autre espèce dans l’histoire. Il l’est d’autant plus encore de constater qu’il le fait avec enthousiasme. L’homme voue un véritable culte à la voiture, et se presse en masse au Salon de l’automobile. Jamais aucune souris ne se rendra au Salon du chat. « 

Tour à tour moqueur, moralisateur (mais tout en douceur) et critique d’un monde parfois (souvent ?) absurde, Didier Tronchet réussit sans prétention à nous faire rire tout du long, et ça fait du bien !