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En 1896, les écrivains H. G. Wells, Bram Stoker et Henry James s’apprêtent à publier leurs chefs d’oeuvre. En 1896, cela fait 8 ans que Jack l’Éventreur a sévi dans les rues de Londres. En 1896, l’an 2000 semble tellement loin … et pourtant l’agence Murray lance un jour un concept incroyable : ayant découvert le moyen de voyager dans le temps, elle propose de faire visiter – moyennant finances – l’an 2000, en pleine guerre entre robots et humains. Lorsqu’il entend parler de cette possibilité, Andrew Harrington y voit la possibilité de sauver sa bien-aimée, Mary, sauvagement assassinée par l’Éventreur. Mais tout ne va pas se passer comme prévu …

A la façon de Diderot dans Jacques le fataliste et son maître, l’auteur espagnol nous promène dans sa version personnelle de cette fin de XIXe siècle, au moment où la science-fiction prend son essor, grâce à une industrie et une technologie en pleine expansion qui laissent espérer d’impressionnants progrès dans le futur, où tout semble possible. Dans ce contexte, pas étonnant que les voyages dans le temps fassent rêver. Mais l’auteur ne nous facilite pas la vie, brouillant les pistes encore et encore avant de terminer par une dernière partie haletante, un vrai feu d’artifice.

J’ai littéralement dévoré ce roman de 700 pages, tant j’ai été captivée par la prose de Felix J. Palma, qui inaugure ici sa trilogie victorienne (dont seul le premier tome a été pour le moment traduit en français … mais il peut se lire indépendamment des autres donc tout va bien !). Le roman est organisé en trois parties distinctes : l’histoire d’Andrew Harrington à la recherche de sa Mary ; celle de Claire, jeune fille mal dans son époque qui voit le voyage dans le temps comme une possibilité d’en sortir et tombe amoureuse du beau capitaine Shackleton, héros de l’an 2000 ; et enfin celle de H.G. Wells lui-même aux prises avec ses propres histoires …

Pourtant, il est presque dommage de devoir attendre le dernier tiers, même si l’on comprend que les premiers sont essentiels, ils pêchent peut-être par leur longueur. Le roman aurait été plus efficace, même si pour ma part, j’aime me perdre dans les méandres d’une plume d’écrivain, et que les deux premières parties m’ont également plu.

En attendant on y croise avec plaisir le pétillant H. G. Wells, le sombre Bram Stoker, l’austère Henry James, mais aussi des personnages fictifs hauts en couleur. Grâce à eux, l’auteur rend un magnifique hommage à la puissance de l’imagination, au potentiel utopique de la science, mais aussi à la bêtise de certains hommes. Hommage surtout à la littérature, qu’il célèbre et salue à chaque page, pour mon plus grand plaisir.

Un roman donc loufoque, inattendu, jubilatoire : si vous n’avez pas peur des pavés, n’hésitez plus !