Les-grandes-vies.jpg

Après mon article sur la biographie de Balzac par Stefan Zweig, je souhaite évoquer quatre autres biographies que je viens de terminer, pour mon plus grand plaisir comme d’habitude !

Au fil de ces derniers mois, j’ai suivi avec enthousiasme les vies de Magellan, Marie-Antoinette, Marie-Stuart et Joseph Fouché. Passionnée par l’Histoire, je ne me lasse pas des biographies, et Stefan Zweig a réellement la plume que j’aime par-dessus tout pour me faire vivre à mon tour ces vies exceptionnelles, quoique souvent tragiques ! Il allie rigueur scientifique et beauté poétique pour retracer ces destins, dont je vais vous dire quelques mots.

Marie-Antoinette

Livrée à toutes les caricatures, Marie-Antoinette (1755-1793) ne cesse de fasciner. Mariée à quinze ans pour devenir reine de France, elle passe, selon les observateurs, de dilettante libidineuse à sainte aristocratique. Une existence insolite, qui marque la fin d’une époque et le renouveau de l’Histoire.

Stefan Zweig offre une seconde chance à cette reine malchanceuse : par ses recherches et son analyse psychologique, il éclaire d’une manière différente la vie de Marie-Antoinette. Certes un peu cruche, elle a surtout été aveuglée par son éducation, qui l’empêchait de comprendre les enjeux de son temps : même reine, à cette époque on ne demandait pas aux femmes d’être cultivées … Si quelques femmes ont échappé à cette mise à l’écart, y compris dans les monarchies européennes, Marie-Antoinette n’eut pas cette force. Femme-enfant jusqu’au bout, haïe par son pays d’accueil et oubliée par son pays d’origine, elle oscille entre deux mondes, deux cultures, n’en choisit finalement aucun des deux, ce qu’on lui reprochera. Par son biais, j’ai redécouvert cette période tumultueuse, où tant de choses se sont déroulées en même temps qu’il est difficile de cerner les causes et les conséquences de chaque action. Mais la clarté de la plume de Zweig contribue à nous éclairer et à nous élever au-delà des clichés que l’on a de cette époque et en particulier de cette reine. 

***

Marie-Stuart

Intrigues amoureuses, traîtrises et épisodes sanglants se succèdent à une vitesse vertigineuse dans la vie de Marie Stuart (1542-1587). Reine d’Ecosse alors qu’elle n’est âgée que de six jours, puis reine de France, elle mourra décapitée après avoir été deux décennies durant la captive d’Elizabeth Ière. Une héroïne tragique, rendue immortelle par l’ampleur de ses passions et l’étrangeté de son destin.

Pour le coup, cette reine-là est différente ! Pleine d’orgueil et de volonté de puissance, elle a été l’opposante numéro 1 du règne d’Elizabeth Ière : tout au long de leurs vies, ces deux femmes impitoyables vont s’opposer. Mais semblant être poursuivie par la malédiction des Stuart, Marie accumule les erreurs, elle s’entoure des mauvaises personnes ou n’a tout simplement pas eu de chance … A plusieurs reprises, le biographe montre qu’il s’en aurait fallu de peu pour que tout bascule et qu’elle prenne le pouvoir. Trahie par ses amis, et par son propre fils, elle ne montera jamais sur le trône, éternelle prisonnière ratant toutes ses évasions. Si l’on a du mal à apprécier ce personnage égoïste, très orgueilleux, qui se soucie plus du pouvoir lui-même que du pays qu’elle est censée gouverner, on ne peut être indifférent à cette succession de malchances … Un personnage réellement fascinant, qui ne se laisse jamais abattre et pensera jusqu’au bout échapper à l’échafaud.

***

Fouché

Grand manipulateur, figure trouble, Joseph Fouché (1759-1820) fut l’un des individus les plus riches et les plus mystérieux de son époque. Homme puissant aux multiples visages, il sert tour à tour une idéologie puis son contraire. Face à ce parcours obscur, c’est toute une réflexion sur l’essence de la politique qui se dessine.

Pour le coup, aucune sympathie à avoir pour ce caméléon politique qui servira tous les maîtres successifs de la France, les trahissant tour à tour et parvenant à tirer son épingle du jeu jusqu’au bout. Un peu d’admiration à la limite pour sa capacité à sentir le vent tourner, à ne pas s’engager tout en restant au premier rang, quoique dans l’ombre. Ici, on peut sentir l’ambivalence des sentiments de Zweig : critique et admiration surgissent au bout de sa plume à tour de rôle, sans se lasser, et en se laissant porter par la poésie de son écriture pour évoquer cette figure malgré tout impressionnante.

Avec lui, on traverse les périodes de la Révolution, de Napoléon puis de la Restauration, période fascinante dont je ne me lasse jamais de découvrir des détails.

***

Magellan

Un pari audacieux, découvrir le passage conduisant de l’océan Atlantique à l’océan Indien, suivi d’un long périple sur des mers inconnues, a fait naître la légende de Magellan (1480-1521). Porté par la force de sa conviction, l’explorateur ira au-devant de tous les dangers pour redessiner la carte du monde. 

Pour finir, avec Magellan nous sortons un peu de la politique française pour suivre un grand explorateur de légende. Porté par l’écriture magnifique de Zweig, on ne peut qu’être exalté par cette aventure incroyable : malgré les maladies, les pirates, les tempêtes et les naufrages, Magellan mènera son rêve jusqu’au bout, même si pour lui il s’est terminé sur une plage … Mais un de ses bateaux portera sa voix jusqu’à l’Europe pour faire connaître cette figure d’une force incontestable. Une biographie qui retrace un voyage fondateur et devenant ainsi un roman d’aventure trépidant !

 

En bref, quatre biographies à découvrir à tout prix !