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June est une adolescente de 13 ans, pas tout à fait comme les autres : excentrique, passionnée par le Moyen-Age, elle n’a pas d’amis de son âge, à part sa soeur Greta dont elle s’éloigne peu à peu, et son oncle Finn, jeune et beau peintre qui lui fait découvrir des endroits merveilleux. Quand ce dernier meurt du sida, alors que cette maladie mystérieuse commence à faire des ravages dans l’Amérique de 1987, la jeune fille est ravagée : ce deuil va définitivement la faire passer à l’âge adulte, dans la douleur. D’autant que les secrets familiaux menacent de faire surface autour de cet oncle fantasque et de son « ami » dont personne ne parle … 

Je viens de terminer ce roman d’apprentissage d’une grande beauté. Tout en douceur, en non-dits mais aussi avec parfois des explosions de colère, June traverse les étapes nécessaires pour faire son deuil. En cette période troublée de l’adolescence, tout se mélange : ses sentiments pour Finn, sa relation avec sa sœur qui semble sombrer dans une mélancolie alcoolique dangereuse, ses parents qui ne comprennent rien, sur fond de sida. Tout ça explose autour d’un tableau des deux sœurs que Finn a peint juste avant de mourir, qui en fait un personnage presque à part entière : les sœurs communiquent à travers lui, tout comme le peintre ou encore la mère qui n’a pas fait son deuil de ce frère tant aimé mais dont elle désapprouvait la relation avec son « ami » Toby. Ce dernier prend de l’ampleur au fur et à mesure du texte, June se rapprochant de lui, étant le dernier à avoir connu et aimer son oncle.

Roman d’apprentissage donc, roman de la maladie aussi puisque l’ombre du sida complique tout et exacerbe l’atmosphère de secret qui règne. En filigrane, l’autrice nous peint à son tour un portrait : celui d’un pays paralysé par la peur, les non-dits, la méconnaissance de cette maladie qui déstabilise la société toute entière, symbolisé par les appels au calme de Reagan, mais aussi par les prémices de l’espoir d’un médicament « miracle ».

C’est aussi et surtout le roman de l’amitié et de la famille, des liens qui peuvent se créer entre les personnes et qui sont magnifiquement rendus par quelques scènes bien écrites, qui m’ont touché en plein cœur. Les petites choses qui ont lié Finn et June, qui lieront June et Toby pour enfin relier de nouveau June et sa soeur.

Enfin c’est le roman d’une jeune fille qui se retrouve malgré elle dans un monde d’adultes qu’elle ne comprend pas, qu’elle questionne tout en ayant peur.

« Je me demandais vraiment pourquoi les gens faisaient toujours des choses qui ne leur plaisaient pas. J’avais l’impression que la vie était comme un tunnel de plus en plus étroit. A la naissance, le tunnel était immense. Toutes les possibilités vous étaient offertes. Puis, la seconde d’après, la taille du tunnel était réduite de moitié. On voyait que vous étiez un garçon et il était alors certain que vous ne seriez pas mère, et probable que vous ne deviendrez pas manucure ni institutrice de maternelle. Puis vous commenciez à grandir et chacune de vos actions rétrécissait le tunnel. Vous vous cassiez le bras en grimpant aux arbres et vous pouviez renoncer à être joueur de base-ball. Vous ratiez tous vos contrôles de mathématiques et vous abandonniez tout espoir d’être un jour un scientifique de renom. Ainsi de suite année après année jusqu’à ce que vous soyez coincé. Vous deviendriez boulanger, bibliothécaire ou barman. Ou comptable. Et voilà. Je me disais que le jour de votre mort, le tunnel était si étroit, après avoir été rétréci par tant de choix, que vous finissiez écrasé. »

J’ai donc eu un vrai coup de cœur pour cette jeune fille attachante qui veut devenir fauconnière, comme moi quand j’étais jeune !

« Si avant je pensais que ce serait peut-être bien d’être fauconnière, j’en suis aujourd’hui convaincue, parce que je dois percer le secret de la profession. Je dois apprendre à faire revenir les choses vers moi, au lieu de toujours les voir s’envoler au loin. »

Un premier roman très prometteur : apparemment l’autrice est en train d’écrire le second, je l’attends avec impatience !