En 2015, la naissance de son fils change la vie de Julien Blanc-Gras. Quelques mois plus tard, les attentats de novembre changent la vie des Français. On entre dans une nouvelle ère, qui questionne, effraie, en particulier lorsqu’on vient d’introduire un nouvel être dans le monde, qui devra vivre avec. On entre dans « Une guerre asymétrique, bizarre, inédite, sans début, et peut-être sans fin, la première guérilla mondiale ».

Tout en racontant les premières années de son enfant, Julien Blanc-Gras fait le parallèle avec l’évolution même de cette nouvelle société, celle qui doit vivre avec les attentas, celle qui doit prendre conscience de l’influence de ses actes, de ceux des politiques pour lesquels on vote. Et pourtant : « Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien, pour lui, pour nous, pour ne pas encombrer le monde avec un pessimiste de plus ».

En effet, ce texte, qui a tout pour être déprimant, ne l’est pas du tout ! s’il ne nie pas la réalité de cette nouvelle société, il en analyse les mécanismes et montre qu’il est possible d’être heureux sans se voiler la face : « Un humaniste et un misanthrope s’affrontent en chacun de nous. Il nous appartient d’équilibrer les proportions et nous avons le choix de faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. S’astreindre au bonheur était une hygiène de survie pour périodes troublées. On ne sauverait pas l’humanité, on l’améliorerait un tout petit peu en se sauvant soi-même. C’était une forme de résistance, une manière de contrarier les terroristes. »

Pour appuyer ses propos, il retrace en même temps l’histoire de ses deux grand-pères, qui ont combattu pendant la Seconde guerre mondiale, sans jamais perdre la foi. Ce parallèle permet de se rendre compte qu’il ne faut jamais baisser les bras, et qu’arrêter d’y croire est un premier pas vers l’échec … Par cette chronique familiale, il ancre son fils dans une filiation historique qui a son importance, car les expériences se répondent à travers les siècles : « Pour rendre hommage à [l’histoire] de mes aïeux, je ne peux qu’offrir ce petit mausolée de papier, qui sera remis à la génération suivante. »

Véritable leçon de vie, en même temps que carnet de route d’une jeune père qui tente tant bien que mal d’élever son enfant dans ce monde chaotique, ce texte plein d’humour fait du bien au moral et permet de réfléchir à la manière dont on choisit d’envisager la vie qui nous attend. En bref, encore une réussite qui m’attache de plus en plus à cet auteur dont j’apprécie autant les chroniques de vie (In Utero) que les carnets de voyage (Touriste, Brise-glace, Dans le désert) !