Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, elle ne peut plus travailler et, comme toutes les femmes, elle est condamnée à une parole bridée, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, contrôlé par un groupe de croyants fondamentalistes, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Doit-elle accepter d’aider ce gouvernement corrompu ? Comment choisir entre la liberté de parole et la liberté d’action ?

Quand j’ai entendu parler de ce texte, j’ai de suite été séduite par l’idée de base : à l’heure des grandes discussions autour du féminisme, à l’heure où les situations des femmes se dégradent dans nombre de pays, il est intéressant d’envisager que les États-Unis eux-mêmes puissent un jour basculer dans cet univers dystopique.

La trame narrative est intéressante puisqu’elle alterne le récit de la vie de Jean, au jour le jour, qui contraste avec sa vie d’avant, où elle était une docteure renommée, mère et femme épanouie ; et le récit qui explique comment le pays en est arrivé à bâillonner la moitié de la population, avec le soutien des hommes, y compris les plus progressistes. Elle soulève avec doigté la participation de femmes comme Jean qui n’ont pas manifesté au moment des premières restrictions de liberté et qui se sont réveillées trop tard.

Pour autant, si le fonds est juste et l’idée de base intéressante, l’histoire ne décolle pas vraiment : l’intrigue est plate, tout autant que l’écriture (comme je l’ai déjà dit, je suis particulièrement sensible à la qualité de l’écriture quand j’écoute un livre. Ici, même la qualité de la lectrice n’a pas réussi à la sauver …), et j’ai peiné à garder mon attention éveillée. L’auteure aurait pu aller beaucoup plus loin dans l’analyse de son idée, malheureusement elle reste dans le superficiel et l’on ne peut s’empêcher de se dire que Jean est décidément bien niaise … Sans parler des autres personnages, peu construits, entre le mari qui obéit au gouvernement et le bel amant italien qui permet la description des scènes érotiques indispensables à ce type de roman. Ça sent à plein nez le roman « mainstream », peu creusé mais qui plaira sans doute … Cependant, je ne peux nier que certains passages sonnent juste et m’ont interpellé, par exemple sur ma propre propension à m’engager sur des sujets qui me tiennent à cœur. Par ailleurs, si le roman est très américain – on n’est pas très étonnés de ce fort retour à la religiosité, dans un pays qui en est déjà très marqué – il aborde des thèmes universels, celui de la force de la parole, de la place de la femme, mais aussi de la masculinité.

En bref, un récit intéressant mais qui ressemble plus à La servante écarlate (que je ne peux que vous conseiller !) qu’on aurait raté ou édulcoré, qu’à un roman passionnant.