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Poésie

Ce doux hiver qui égale ses jours / T. Agrippa d’Aubigné

Ce doux hiver qui égale ses jours
A un printemps, tant il est aimable,
Bien qu’il soit beau, ne m’est pas agréable,
J’en crains la queue, et le succès toujours.J’ai bien appris que les chaudes amours,
Qui au premier vous servent une table
Pleine de sucre et de mets délectable,
Gardent au fruit leur amer et leurs tours.Je vois déjà les arbres qui boutonnent
En mille noeuds, et ses beautés m’étonnent,
En une nuit ce printemps est glacé,

Ainsi l’amour qui trop serein s’avance,
Nous rit, nous ouvre une belle apparence,
Est né bien tôt bien tôt effacé.

Théodore Agrippa d’Aubigné

Dans l’interminable … / Paul Verlaine

Dans l’interminable
Ennui de la plaine,
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune,
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.

Comme des nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.

Corneille poussive
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive ?

Dans l’interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Paul Verlaine, Romances sans paroles (1874)

Et un peu de citations pour ce mardi …

Citation du mardi

« La machine à voyager dans le temps existe. C’est la magie. Et la magie existe bien. Dans les mots. « 
[ Maxime Chattam ]

La poésie du jeudi est de retour !

Automne malade

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Un peu de poésie au milieu de l’été !

Envie de poésie, de mots doux et de beauté …

poésie 2

Je rêve de vers doux et d’intimes ramages,

De vers à frôler l’âme ainsi que des plumages,

De vers blonds où le sens fluide se délie

Comme sous l’eau la chevelure d’Ophélie,

De vers silencieux, et sans rythme et sans trame

Où la rime sans bruit glisse comme une rame,

De vers d’une ancienne étoffe, exténuée,

Impalpable comme le son et la nuée,

De vers de soir d’automne ensorcelant les heures

Au rite féminin des syllabes mineures.

Je rêve de vers doux mourant comme des roses.

 

Au jardin de l’infante – Albert Samain

 

Albert Samain (1858-1900) est un poète symboliste. En 1893, la publication du recueil Au jardin de l’Infante lui vaut un succès immédiat. Mort jeune, il est un peu oublié depuis les années 1930.

 

Petite poésie du jeudi après-midi …

Petite poésie en ce retour de vacances …

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe pourpre au Soleil,
A point perdu cette vêprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! Voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las ! las ! ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Odes I, 17 – Pierre de Ronsard

rose

Petite poésie du jeudi !

poésie 2

Un petit poème de Verlaine, pour se mettre en train et rêver de bon matin !

La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…

 
Ô bien-aimée.
 
L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…
 
Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…

 
C’est l’heure exquise.

Mine de petits riens sur un lit à baldaquin / Radu Bata (2012)

Envoyé il y a quelques mois par l’auteur, cet écrit atypique a traîné trop longtemps dans ma PAL … il est temps de vous en parler !

J’ai été très surprise par la forme empruntée par ce texte – ou plutôt ces textes. Sous-titré « rêves d’insomniaque transcrits dans un journal de bord judicieusement déraisonnable« , il se présente en effet comme un journal du sommeil et plus particulièrement des rêves du narrateur. L’occasion de déblatérer sur ce thème, par des textes en prose ou en vers.

Au fil des jours, une inquiétude ressort des pages : « rendre gorge à la langue. Cet entêtement est, sur le papier, un plan criminel voué à l’échec : les mots ne se laissent pas faire. Ils ne seront jamais des moutons égorgés. » Or la nuit et le rêve ont tendance à couper toute possibilité de les exprimer.

A chaque court chapitre, une petite citation introduit le thème, et elle est souvent judicieusement choisie : « Lorsqu’un homme rêve, ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité. » (F. Hundertwasser). Les délires se succèdent, les dialogues aussi : avec les personnages de ses rêves, surgis du passé, avec un ange gardien ou parfois même avec le marchand de sable !

Au final ces petites poésies – en vers ou en prose – ne sont pas sans manquer de charme. L’auteur joue gaiement avec les mots, pour tenter d’exprimer son ressenti de notre activité nocturne, à laquelle personne n’échappe : « Le sommeil est notre pain quotidien cuit dans un four de coton. »

J’ai donc été sensible à sa manière de parler du sommeil, si important dans nos vies, à la fois si enchanteur et parfois si problématique …

Bref, de courtes pages mais du plaisir à la lecture de ce journal décousu, original et tellement peu attendu.

Une petite poésie en guise de citation …

Un peu légèreté en ce beau mardi d’été (enfin !)

« ma vie est légère qui attend le vent de la mort,

Comme une plume sur le dos de ma main »

TS Eliot (1888-1965) – Prix Nobel de littérature 1948

(Cité dans L’oiseau d’Amérique, de Walter Tevis)

Une poésie indienne mais universelle …

La sagesse est de savoir que je ne suis rien,

L’amour est de savoir que je suis tout,

Ma vie fluctue entre les deux.

Poème de Nisargadatta Maharaj, guru traditionnel indien (1897-1981)

Pas besoin de commentaires pour ce court poème qui m’a profondément touchée. Les traductions varient mais l’âme du poème reste inchangée.

Retour de la poésie du jeudi !

Orgueilleuses amantes
Mourant à la lumière
Bienveillantes aimantes
Restant sans barrières
En noirceurs insolentes
S‘enrôlant sous nos bannières

***

Voilà une petite contribution au thème du Défi d’écriture du mois d’avril de Babelio, l’Ombre, thème que j’avais moi-même proposé mais qui ne m’a finalement que peu inspiré …

Mais cela relance un peu mes jeudis poétiques !

Bon jeudi, et courage : la semaine est bientôt finie !

Le cercle des poétesses de Kaboul

Cela fait un moment que cet article du Monde traîne dans mes affaires, et je tenais vraiment à vous en parler, parce qu’il m’avait vraiment marquée à l’époque, et vous allez comprendre pourquoi :

Le cercle des poétesses de Kaboul

(19 septembre 2011, p. 15)

On pouvait s’attendre à voir un cercle féminin de poésie fleurir à n’importe quel endroit du monde, mais pas en Afghanistan, une société ultra-conservatrice, où tous les sentiments sont observés et contrôlés.

Et pourtant, c’est le cas. Source : Wikimédia

Cela fait deux ans que cet atelier a été créé, à Kaboul, et rassemble une dizaine de participantes, ivres de littérature et de poésie. Cette naissance a suivi le constat que les femmes n’osaient intervenir dans des ateliers mixtes, tant le poids de la tradition est fort et bien implanté. A partir du moment où elles ont été seules, elles ont commencé à s’exprimer. Au départ hébergées dans le Centre culturel français de Kaboul, elles ont ensuite migré dans la bibliothèque du ministère de l’éducation nationale.

Evidemment, ce n’est pas toujours bien vu. Les familles ne l’acceptent pas systématiquement, ou alors les poèmes sont passés au crible de la tradition. Les soupçons surgissent vite car l’amour est très présent dans les poésies de ces femmes, et qui dit passion poétique dit « abandon de l’âme et vertige du coeur, qui sentent le souffre.[…] Ecrire un poème, c’est forcément être amoureuse. Et cela doit être contrôlé. » Assister à une réunion n’est donc pas un geste anodin : c’est un risque à prendre.

Cette pression peut conduire à des drames, comme le cas d’une jeune fille qui s’est immolée après avoir été interdite de poésie par sa mère. Cette histoire fait rêver : la poésie et la littérature étaient-elles les seuls rayons de soleil dans la vie de cette jeune fille ? au point qu’elle n’a pu imaginer sa vie sans elles ?

Pourtant, ce n’est pas une rébellion collective, elles acceptent la société telle qu’elle est, révèrent l’Islam (non pas les talibans ..); mais plutôt un développement personnel qui est recherché. Et c’est déjà un bon point.

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