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Le Blog des Livres qui Rêvent …

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Littérature russe

L’heure du roi / Boris Khazanov (1977)

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1940. Un petit pays (imaginaire), coincé au de l’Europe, est envahi par l’armée allemande. Nation pacifique, pratiquement sans armée, menée par un roi vieillissant, elle n’oppose aucune résistance et continue tranquillement une vie sans violence ni passion. Jusqu’au jour où ce roi, dont on n’attend rien à part qu’il continue les mêmes traditions que son père et son grand-père, va bouleverser ce petit monde, par le geste a priori le plus absurde qui soit.

1977. En pleine guerre froide, alors qu’on sort tout juste du Printemps de Prague et des premières révoltes contre l’ordre soviétique, Boris Khazanov publie ce petit roman dans une revue israélienne. Interdit en Russie, il circulera sous le manteau, avant de parvenir jusqu’à nous, et d’être traduit en français, trente ans plus tard … pour notre plus grand plaisir ! Lire la suite

Nous autres / Eugène Zamiatine (1920) #Bestofthebest6

« Nous autres » est une des premières dystopies de l’histoire, qui a fortement inspiré le 1984 d’Orwell et Le Meilleur des mondes de Huxley. Le roman intervient au cœur des débats qui entourent la naissance du système soviétique. En URSS, la publication de ce livre a été interdite en 1923. En butte à la censure stalinienne, Zamiatine s’est ensuite exilé à Paris en 1931.

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Voyage à l’étranger / Piotr Illitch Tchaïkovsky (1888)

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Les rencontres entre un lecteur et son livre sont souvent le fruit du plus grand des hasards. Vous l’avez peut-être remarqué, j’aime commencer mes articles en racontant comment tel ou tel livre a rejoint ma bibliothèque, car c’est rarement anodin. Pour celui-ci, qui traînait depuis plusieurs années dans ma Billy, je m’en souviens comme si c’était hier : une allée du Salon du Livre, mon œil attiré par le nom « Tchaïkovski », mon compositeur préféré, la discussion avec l’éditrice du Castor Astral, mon regret de ne pas pouvoir me le payer (j’étais étudiante fauchée à l’époque), son sourire et son don, en insistant car il était rare que des jeunes soient aussi enthousiastes pour des essais méconnus … Lire la suite

Les livres non chroniqués en juin …

Pour ce rendez-vous mensuel, trois textes très différents : un roman de Laurent Gaudé, auteur que j’apprécie beaucoup ; une nouvelle russe d’Anna Lavrinenko, publiée aux éditions de l’Aube ; et un roman jeunesse, lu en anglais : Hurricane Gold de Charlie Higson. Trois auteurs du XXIe siècle, trois nationalités.

Eldorado de Laurent Gaudé (2006)

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« Il faut trois générations. Les enfants de nos enfants naîtront là-bas chez eux. Ils auront l’appétit que nous leur aurons transmis et l’habilité qui nous manquait. Cela me va. Je demande juste au ciel de me laisser voir nos petits-enfants. »

C’est ce qui pousse tous ces jeunes à tenter leur chance et à abattre toutes les frontières. Mais qui pousse Salvatore Piracci, commandant d’une frégate sicilienne, à les intercepter encore et encore ? Son travail ? Le sentiment de faire respecter la loi ? de sauver les misérables qui sont abandonnés par leurs passeurs ? Devant l’incapacité de répondre à cette question, le beau commandant va tout quitter pour vivre cette aventure du « bon » côté, celui des migrants qui veulent accéder à l’Eldorado, l’Europe. Parce que tout homme a besoin de croire qu’il existe mieux ailleurs, et que cet ailleurs est à portée de main. « L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes. »

Nous voici également aux côtés de Jamal, qui a amassé petit à petit de quoi payer son passage vers l’Espagne, mais pour qui la route ne sera pas non plus facile. Car « Aucune frontière n’est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. […] Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. » Et qu’ensuite il s’agit de se reconstruire entièrement dans un nouveau pays, qui ne veut pas de toi.

Sans juger, Laurent Gaudé nous livre un magnifique roman plein de beauté et d’horreur, avec une plume qui me transporte toujours autant. Un roman qui hante et qui nous fait voir le monde autrement … Lire la suite

Le Docteur Jivago / Boris Pasternak (1957)

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J’avais pourtant aimé Crime et châtiment et Anna Karénine il y a quelques années. J’ai dévoré Guerre et Paix cet été. J’ai abandonné Les Frères Karamazov en janvier. Et il faut bien le dire : j’ai souffert avec ce pavé du russe Boris Pasternak. Plus d’un mois pour le lire, des difficultés pour retenir les noms des personnages, et surtout un détachement total vis-à-vis du personnage principal.

Bref j’en viens à me demander si la littérature russe est réellement faite pour moi ... J’apprécie leurs parties romanesques le plus souvent, mais malheureusement ils ont la fâcheuse habitude de partir dans des digressions et des considérations politiques qui m’intéressent au départ, puis me laissent au bord du chemin ..

Il s’agit pourtant ici d’un classique, et j’en suis venue à bout, mais j’étais soulagée en le terminant … Lire la suite

Le jour où j’ai abandonné Dostoievski … !

livres abandonnés

Les Frères Karamazov.

Livre abandonné à la fin du mois. J’avais prévu de lire ce gros roman avant la fin du mois de janvier, ayant programmé une lecture commune avec Métaphore et d’autres pour le 31 janvier. Confiante (en ma capacité de lecture), je n’ai ouvert ce pavé qu’à la mi-janvier …

Il m’a fallu deux soirs pour me rendre compte que je ne l’aurais jamais lu en 15 jours. J’avançais en effet à 30 pages par soir, et le roman en comptait plus de 1000.

Et puis très vite, j’ai renaclé. Au point parfois de repousser l’heure du coucher pour ne pas avoir à l’ouvrir !

Finalement, j’ai pris mon courage à deux mains, et ai avoué mon échec à Métaphore, qui de son côté, m’avoua la même chose : le roman lui était tombé des mains …

En réalité il me semble que c’est une œuvre qui doit se lire à tête reposée, régulièrement. Elle commence certes rapidement, mais très vite on tombe dans des considérations métaphysiques et des dialogues qui m’ont perdu et m’ont découragé. En bref, pas la bonne lecture au bon moment.

Voilà c’est dit. J’apprécie d’expliquer cet abandon, d’en cerner les causes.

Mais je sais que je reprendrai ce roman très prochainement, je n’aime pas rester sur un échec, cependant peut-être pendant des vacances …

La guerre et la paix / Léon Tolstoï (1865-1869)

« la littérature véritable, à savoir celle qui, en deçà ou au-delà de l’écume des événements immédiats, relie entre elles, dans le temps et dans l’espace, les âmes fraternelles, n’a sans doute pas sa source dans le langage ni dans l’habileté rhétorique mais plutôt au plus profond de l’âme communautaire des peuples et fatalement donc (qu’on le sache expressément ou non) dans les plus vieux mythes consacrés par les traditions et que l’imagination moderne réinvente, bref que l’esprit du temps habille de parures nouvelles, combine de façon inusitée, sans jamais en modifier pourtant la teneur pérenne. » Denis Grozdanovitch

Alors que je venais d’attaquer ce monument de la littérature russe, presque sans trembler face à ses 1200 pages, je suis tombée sur cette citation de Grozdanovitch, qui me semble parfaitement définir ce que j’ai ressenti à la lecture de Tolstoï. L’impression de lire un chef d’œuvre universel, qui, bien qu’ancré dans la tradition russe, la dépasse et la sublime.

Cela fait un moment que je repousse ce moment : écrire ma chronique de ce pavé, effrayée par avance de l’ampleur la tâche. Reprendre toutes les citations, analyser, et surtout condenser en une demi-page mon expérience d’un mois de lecture. Cet article sera donc long, je m’en excuse. Mais on ne lit pas impunément des chef d’œuvre. Il faut l’assumer, si on veut en parler. De même, je ne suis pas critique littéraire, je jette seulement des pistes d’analyse et de ressenti personnels, qui vous parleront ou pas …

« J’ai lu Guerre et Paix. Ça parle de la Russie. » déclare Woody Allen. Ce sera mon point de départ. Car la Russie est bien le personnage central de ces 1200 pages : on vit, on se bat, on meurt pour elle. Comme pendant, tour à tour amie, modèle, envahisseur, ennemi puis mythe : la France.

« L’intrigue » est assez simple : le fonds de l’histoire, c’est l’Histoire, les guerres napoléoniennes, d’Austerlitz à Waterloo qui influent la vie de personnages que l’on suit sur une vingtaine d’années. D’où l’opposition entre les différentes périodes de guerre – magistralement décrites – qui ne concernent que les hommes; et les périodes de paix, où les intrigues de cour des aristocrates reprennent.

J’ai dévoré les deux premiers tomes comme des petits pains : avalant les pages de guerre, les chapitres de réflexion sur l’histoire, l’évolution des personnages qui illustrent chacun à leur manière les facettes de la société russe – bourgeoise et aristocrate seulement, le peuple russe étant pratiquement absent en temps de paix. Passionnée d’Histoire, j’ai pourtant fini par me lasser – non pas des descriptions des batailles – mais plutôt des longues considérations du romancier sur le cours de l’histoire, la société, parties qui représentent pratiquement tout le quatrième volume. Comme si Tolstoï s’était lassé de faire croire qu’il écrivait un roman, et affichait ouvertement son goût pour les considérations philosophiques. Malheureusement pour lui, ces démonstrations sont maladroites et lourdes.

Et pourtant la puissance romanesque de ce texte est formidable : les Rostov et compagnie sont attachants malgré leurs choix, leurs défauts. Ils sont terriblement réels et vivants. Car Tolstoï met en avant des anti-héros, pour lui « il n’y a pas de grands hommes ». C’est en les faisant agir, vivre, que l’auteur défend le mieux ses idées. Par exemple le fatalisme historique qu’il décrit est parfaitement incarné par le général Koutouzov, qui aura raison envers et contre tous les autres. D’un autre côté, Pierre, un des personnages que l’on suit le plus, passe de l’indifférence à la religion, dans une recherche de lui-même qui n’aboutira à rien, et fait écho aux incertitudes de Tolstoï lui-même : « Pierre était un de ces chambellans en non-activité terminant leurs jours à Moscou comme il y en avait des centaines. » Et il se méprise pour ça, pour sa mollesse, son manque d’ambition, la vie dorée offerte par la société, une société trompeuse et oisive.

Au final, le véritable acteur de ce roman c’est le peuple russe en entier, le peuple russe en mouvement pour combattre l’envahisseur et d’où vient de magnifiques actions, qui étonnent sans cesse les brillants officiers issus de la puissante Académie militaire. Car les Russes combattent avec leur cœur, pour défendre leurs terres, alors que les riches combattent l’idéologie de Napoléon. Tolstoï nous a offert une véritable épopée – amour de la patrie, de la gloire et de la grandeur des armes russes, qui paraissent pourtant dérisoires face aux milliers de morts occasionnés.

« Car la vie, pendant ce temps, la vraie vie des hommes, avec ses intérêts essentiels,  santé, maladie, travail, repos, avec ses intérêts d’un autre ordre, pensée, science, poésie, musique, amour, amitié, haine, passions, continuait comme par le passé, indépendamment et en dehors de toutes les réformes et de la bonne ou mauvaise entente avec Napoléon Bonaparte. »

Influencé par les anciens et grands de son temps – Rousseau, Dickens, Balzac et surtout Stendhal – son roman est l’apogée de la littérature du XIXe.

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